Je n'ai jamais connu l'échec, scolairement parlant. Bien sûr, il y a eu l'échec sportif, où j'ai compris l'inconcevable jusqu'alors : on peut se donner à fond sans parvenir à ses objectifs. Il y a eu l'échec amoureux qui m'a fait tomber tellement bas que je n'avais plus aucune estime pour moi. Mais l'échec scolaire, je ne le supporterai pas. J'en ai tellement peur. Peur de la déception. La mienne, bien sûr. Mais surtout celle des autres. Ceux qui ont toujours cru en moi. Ma famille, qui me prend pour le petit génie parce que j'ai un an d'avance. Mais avoir sauté le CE1, ça ne veut plus dire grand chose une fois passé au CE2. Ils voient en moi une bosseuse, là où ma principale faille est ce manque certain de travail. L'échec, il m'a toujours angoissé, quelque soit l'enjeu. Il y a eu le CP, où l'on a l'impression d'entrer dans la Cour des Grands. J'ai pleuré le jour de mon entrée en primaire. Et quand ma maman est venue me chercher à midi, je voulais y retourner le lendemain avec impatience, mais c'était mercredi^^. Il y a eu la 6ème, le passage à un système différent, avec des profs pour chaque matière, et un début de prise d'autonomie qui m'a terrorisée. Mais là encore, je m'inquiétais pour rien. Il y a eu la 3ème, avec le passage du BREVET ... AAAAH le BREVET ! Quel drame pour si peu. Un examen que j'avais d'office en plus. Il y a eu la 2nde. Où là je me suis inquiétée parce que c'était la malédiction de la famille : mon père, ma soeur et mon frère l'ont redoublée. Il paraît qu'il y a un fossé entre la 3ème et la 2nde. Moi je l'ai senti en première. Première S1, la pseudo classe élite. Une année angoissante en tous points, familiaux et corrélativement, le reste. Les profs disaient que j'angoissais trop, qu'il fallait que je fasse du sport ou que je prenne des médicaments. Du sport ... LOL C'est bon, j'avais ma dose presque quotidienne, avec l'angoisse qui va avec. Quant aux médicaments... Il est je pense inutile de rappeler le jour de mon oral de TPE, où j'en ai avalé plusieurs pour me calmer, associés plus tard au Champagne qu'on a bu pour fêter ça... Et où finalement je suis arrivée complètement défoncée au club lol. La première S1, j'en suis ressortie avec un dégoût encore plus prononcé pour le travail. C'est bon j'ai donné, que j'disais. MDR j'ai envie d'dire. Et puis la Terminale. L'année du BAC. L'année également de ma décadence ^^. On me répétait d'arrêter de stresser, je l'ai fait. Et je suis devenue presque nonchalante, avec parfois tout de même quelques accès de lucidité angoissée pour le bac, surtout la nuit, évidemment, c'est plus drôle les insomnies. J'ai travaillé pour mon bac, j'ai encore mes merveilleuses fiches pour le prouver. J'ai travaillé parce qu'il le fallait, mais surtout parce que je le pouvais. Il a fallu choisir ma voie post-bac. Je ne reviendrai pas sur les plus ou moins nobles raisons qui m'ont poussée à rester à Metz, et à y faire du Droit. Le fait est que l'année a été plutôt cool. Beaucoup de révisions au moment opportun, bien sûr, mais une marge de liberté conséquente également. Et puis je suis partie. Je suis à Lyon, en deuxième année. Je ne comprenais pas pourquoi les gens me disaient que le droit c'était dur. Maintenant je ne le conçois que trop bien. Je conçois également la notion de travail, on est même devenues très intimes. Mais surtout, je peux aujourd'hui envisager qu'on peut se donner à fond dans un objectif "scolaire", sans réussite au bout. Et ça, ça fait peur. Je ne supporterai pas l'échec. Vaut-il mieux fuir qu'essuyer un échec plus ou moins cuisant ? Et de façon plus pragmatique, si j'ai l'impression d'avoir des difficultés en 2ème année, est-ce que je peux sérieusement envisager un master, une année de droit à l'étranger, puis une formation de juriste ?
Je suis seule, je suis seule et vous n'avez rien vu. Je suis seule et ça ne m'est jamais arrivé. J'ai pleins d'amis et aucun n'a été réellement là pour moi, sauf ces derniers jours pour Elle, quand j'ai osé tirer la sonnette d'alarme, et laisser tomber le masque de l'enthousiasme quitte à porter un coup à ma fierté. Ce soir elle n'est plus à ça près hein.
Je suis seule et vous n'avez rien vu, et ça me rend encore plus seule.
Et le pire dans tout ça, c'est que je les ai abandonnés.
Et ma maman vit toute seule maintenant. Maintenant que je l'ai laissée. Seule. Pour des putains d'études auxquelles je ne suis même pas à la hauteur. Pour un putain de rêve néo-zélandais qui ne m'a jamais paru aussi loin.
Ce soir j'avais besoin d'écrire.